Comment éplucher des patates m’a redonné confiance

Pleine conscience
Et si éplucher des patates vous procurait une grande leçon de vie ? | Fuck your bad vibes

S’il y a bien un truc que je déteste quand je cuisine, c’est éplucher. C’est long, c’est chiant et pour peu que le légume soit biscornu, comme le topinambour, c’est une vraie galère. C’est pour ça que je délègue souvent cette tâche à mon amoureux. Et que j’ai arrêté les topinambours (de toute façon, c’est dégueulasse). Mais parfois, je suis seule ou je n’ose pas demander qu’on le fasse pour moi alors je suis bien obligée de m’y coller.

Une histoire de patates

C’est ainsi que je me suis retrouvée à éplucher des patates*.

(*Je ne dis jamais patate en vrai. Je préfère « pomme de terre ». La patate, pour moi, c’est l’équivalent du mot « nouille » pour désigner des pâtes. C’est moche et ça m’arrache la bouche. C’est juste que c’était plus simple pour la longueur du titre et le SEO)

 

 

Et à chaque fois que je fais de l’épluchage, je rêvasse. Je me dis que cette corvée sera bientôt finie ou que si un cuisinier me voyait faire, il se moquerait de moi. Il faut savoir qu’en plus de détester cette tâche, elle me fait beaucoup complexer. J’y suis nulle, j’épluche à la vitesse d’un escargot neurasthénique et je ne peux pas m’empêcher de comparer mes légumes à ceux des autres (il y en a qui comparent leur sexe, moi, je n’ai pas de pénis alors je compare les légumes). Mon amoureux épluche vite ses légumes (enfin comme toute personne normale) alors que je suis très lente. J’en suis si gênée car les rares fois où des gens me demandent d’éplucher des légumes, je vais tout pour éviter la tâche. J’ai même acheté un pèle-pommes pour me soulager. Et je suis à deux doigts d’acheter un de ces appareils qui épluchent les patates…

Le perfectionnisme de la patate

Mes légumes sont déshabillés très lentement quand je m’en occupe mais ils sont aussi particulièrement bien nus après. Il ne reste jamais une once de peau, pas même le moindre millimètre. Je dois reconnaitre que je suis une perfectionniste de l’épluchage. Mes légumes sont beaux.

Mon beau-père épluche les légumes (surtout les patates) comme une…patate d’ailleurs. Il reste souvent de gros morceaux de peau, ce qui m’agace prodigieusement. Mon amoureux épluche vite et bien (mandieu, on dirait que je parle de sexe mais pas du tout). Il faudrait que je trouve le juste milieu entre l’épluchage parano-de-la-peau et gros-tractopelle-qui-laisse-des-bouts.

Et là, ça m’a frappé. Je suis trop perfectionniste. Il y a quelques mois, j’ai appris que je l’étais et j’ai pensé à une vaste blague. Je me considère plutôt comme celle qui fait des trucs bancals, par dessus la jambe et qui bâcle. Et j’ai découvert que c’était ce monstre de perfectionnisme qui m’empêchait de commencer des projets (« A quoi bon puisque ça ne sera jamais parfait ? »). J’en ai eu la vérification d’ailleurs en lisant L’Art de la procrastination.

J’ai décidé d’accélérer la cadence et d’éplucher mes patates comme si ma vie en dépendait : fast and furious.

La peur de la patate

Un autre truc qui fait que je déteste l’épluchage, c’est la peur d’y laisser une phalange ou deux. Je ne suis pas spécialement maladroite mais les accidents sont vite arrivés en cuisine. Surtout à moi. La première fois que j’ai eu un vrai couteau qui coupe, je me suis entaillée le doigt. C’était net, propre et ça piquait. Et une fois, je me suis brûlée un doigt avec la grille du four et ça sentait bon le poulet grillé. Bref, mes doigts sont persona non grata en cuisine et c’est pas évident.

 

Épluchage de carottes. #Flow29jours #blackandwhite #veggie #carrot

Une publication partagée par Jessica (@jessica_bensaid) le

 

Je me suis sentie ridicule, en y pensant, d’être effrayée par une vulgaire patate. Non mais pour qui elle se prenait celle-là ? Bien décidé à lui faire la peau, j’ai sécurisé mes doigts, agrippé la gueuse fortement et prié pour que l’économe ne transforme pas ma main en moignon.

Fast and furious 2 les gens.

La méditation de la patate

Alors que je m’excitais sur mes patates pour les finir vite et bien (encore une fois, je parle bien de vraies pommes de terre), je me suis rendue compte à quel point j’étais peureuse, peu confiante et tellement perfectionniste que ça me bloquait. C’était ridicule et il fallait que ça cesse.

J’étais beaucoup plus légère quand j’ai fini tout mon épluchage : mes patates étaient belles et je me disais qu’elles m’avaient inculqué une belle leçon. N’en déplaise à Christophe André, il est tout à fait possible de pratiquer la pleine conscience et la cuisine. J’ai beaucoup réfléchi mais j’ai été concentrée sur mes petites peaux de pomme de terre qui voletaient en tout sens. Sur la chair qui se dénudait, dorée. Et sur le plaisir que j’avais eu à éplucher.

En même temps, Christophe André me fait le même effet que les topinambours.

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1 Comment

  • Reply
    Marie Bambelle
    27 juin 2017 at 9 h 26 min

    Je viens de rire comme une baleine en lisant cet article, bravo !
    Et ta conclusion… Magistrale ! J’espère te lire à nouveau bientôt !

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